J’ai lu le bref éditorial du numéro à venir de l’excellente revue Conflit. Cet édito porte sur l’élection Française et un passage a retenu mon attention.  Il acte une tendance avec laquelle sont familiers tous ceux qui suivent d’un peu près la politique dans le monde occidental. L’axe idéologique mondialisation/anti-mondialisation est maintenant plus important pour juger un candidat que l’axe gauche/droite.  Personnellement, j’emploie plus souvent pour le désigner les termes de globalisme vs. souverainisme, mais cela suit le même principe.

Cette tendance semble se confirmer si l’on regarde (avec précaution, comme toujours) les sondages des intentions de vote. Progression de Mélenchon, stagnation voire recul de Macron, marasme chez les candidats des grands partis et intérêt grandissant à l’endroit de ceux qui portent des idées souverainistes.

La certitude de l’électorat des candidats perçus comme tels est bien plus forte que celle de l’électorat, peu impliqué, qui penche pour le status quo ou pour l’avancée des valeurs globalisantes. Ils sont aussi bien plus populaires sur les réseaux sociaux.

Popularité Facebook vs. Intentions de vote vs. Base électorale sûre de son vote

Il y a aussi un rapprochement entre les votants et les discours populaires, voire populistes et parallèlement un rejet des grands partis. Cette tendance n’est ni dure à identifier, ni dure à comprendre. Elle se retrouve dans toutes les elections du pôle occidental depuis un certain temps. Qu’il s’agisse des bons scores du Front National en France, de l’élection de Trump, de la victoire du Brexit ou encore de la paire VVD/PVV arrivée en tête des élections néerlandaises sur des valeurs populistes (“light” pour le VVD), le rejet grandissant des idées libérales/mondialistes va croissant, et concerne tous ses avatars (UE, ONU, supra-nationalisme, gouvernance globale, …). Il s’explique  par la monté des inégalités dans les pays capitalistes et l’abandon dans lequel se trouvent des pans entiers des sociétés occidentales. Abandon tant dans la vie économique que politique. Ces mécanismes sont étudiés, notamment, par des géographes comme Christophe Guilluy.

Qui plus est, la redistribution des cartes est totale dans le paysage politique. La France ne fait pas exception. Les valeurs sociales traditionnelles de la gauche ouvrière sont aujourd’hui portées principalement par le Front National, le Parti Socialiste parle maintenant surtout à la petite bourgeoisie urbaine et ne se différencie finalement du centre droit ultra-libéral que sur des combats sociétaux de moindre importance. La droite Gaulliste a trouvé refuge dans de petits partis qui montent et il est probable qu’elle prendra de plus en plus d’importance dans les années à venir. Le centre traditionnel est inexistant ce qui est plutôt normal en temps de crise politique.

Un axe progressisme/conservatisme existe toujours cependant, et l’époque nous prépare l’un des plus grand mouvement sur cet axe depuis 70 ans. La génération à venir semble devoir être la plus conservatrice depuis la seconde guerre mondiale, et cela s’explique en grande partie par le pourrissement des mouvements “progressistes” qui ne tablent plus aujourd’hui que sur ce que les anglo-saxons appellent “identity-politics”. On les retrouve notamment dans la 3e (et maintenant 4e ?) vague féministe, dans les cercles se définissant comme pro-LGBT, anti-racistes, open-borders, etc. Surtout connus pour leurs exagérations outrancières de certains problèmes sociaux, les solutions extrêmes qu’ils proposent à ces problèmes et une vision du monde cosmopolite et sans frontières, ils font très souvent emploi d’une rhétorique hostile à l’endroit de la société occidentale en son ensemble et discriminante voire clairement raciste/sexiste envers les groupes sensés en composer l’essence et la structure de pouvoir en particulier (les blancs, les hommes, les conservateurs, etc.).

En conclusion, les termes droite et gauche ne veulent plus dire grand chose aujourd’hui dans le débat Français et même, voire surtout, dans la politique occidentale en général. Pour comprendre les prochaines étapes de l’évolution de nos sociétés, il vaut donc mieux abandonner ces catégories mentales et commencer à se situer sur un nouvel échiquier où s’opposent, entre autres, l’état-nation et la governance globale. Dans ce contexte, les politiciens et personnages publics Français disposant d’une vision géopolitique du monde ont un clair avantage. Intéressant, donc, de regarder quel candidat fait quels déplacements à l’étranger. Il y en a clairement qui comprennent le monde mieux que d’autres. Mais ça, ce sera pour un autre article.