Quelques articles de la presse étrangère commencent à détailler et expliquer ce qu’est vraiment la  “stratégie Macron”. En fait de stratégie électorale, l’on se rend compte bien vite qu’il s’agit surtout d’une stratégie marketing. Et tout devient plus clair.

La grande presse française, en ce moment, nous fait le coup des étonnés, des surpris. “Oh, quel phénomène ce Macron ! Comment expliquer cela ? Oh la la, il est vraiment nouveau et pas comme les autres, et ça marche !”. Ces quelques commentaires sont plus pour moi un signe clair de collusion et de participation des médias à une campagne qui a réussi, à moins d’une grosse surprise le 7 mai prochain, à nous vendre la même saucisse avec une étiquette différente, qu’un honnête étonnement des journalistes. Ou alors ils sont vraiment plus bêtes qu’ils n’en ont l’air ce qui, convenons en, serait assez difficile.

En fait, toute la stratégie de vente du candidat Macron repose sur une analyse fine de la composition de l’électorat et d’un démarchage ciblé des indécis. On ne se concentre pas sur ceux qui sont et resteront, selon toute vraisemblance, fermés au vote Macron. Plutôt, on se focalise sur les foyers qui ne semblent pas décidés et l’on va leur dire ce qu’ils veulent entendre. Jusqu’ici c’est une pratique commune. Là où les équipes Macron innovent c’est dans l’usage de données numériques collectées sur les réseaux, permettant un ciblage précis et l’établissement d’un “storytelling” efficace et personnalisé. Un peu dans l’esprit des publicités que vous voyez sur Facebook et qui vous sont proposées en fonctions de vos centres d’intérêt déclarés ou de vos dernières recherches sur le web. Dans le cadre de cette campagne, ces collectes et analyses ont été réalisées par la société MLP (Liegey Muller et Pons). La méthode n’est pas nouvelle et a déjà été utilisée lors, entre-autres, des élections américaines.

La différence est qu’aux États-Unis ces pratiques sont plus admises et les analystes ont accès à des données bien plus complètes. La législation Française ne permet pas aux firmes spécialisées dans le big data le même degré de connaissance de leurs cibles. L’on se rappellera le léger remontage de bretelles qui a suivi le démarchage téléphonique massif opéré par les équipes de Macron. Démarchage permis par la fourniture des listes d’abonnés d’SFR, petit renvoi d’ascenseur de M. Drahi.

Cette stratégie a été combinée à un programme volontairement très flou, voire quasi inexistant. Cette absence de définition permet de faire du projet Macron quelque chose que ses soutiens personnalisent en eux-même. L’absence de ligne directrice claire, de détails, permet de projeter ses propres espérances sur un visage relativement neuf. Un visage qui a été omniprésent dans les médias ces derniers mois. Et force est de constater que cela a fonctionné pour En Marche. L’indice le plus sûr confirmant cette analyse est la composition très homogène du vote Macron. Là où les candidats ont des performances qui varient selon, entre-autres, les classes sociales et la géographie, Macron réalise des scores comparables partout.

Ceux qui s’impliquent en politique, qui ont des attentes claires, des positions marquées et des intérêts bien compris se portent sur des candidats qu’ils connaissent et qui ont des programmes dont ils soutiennent les grandes lignes. Les indécis, les peu impliqués, en revanche, sont attirés par la perspective molle d’en être, de faire partie d’une mouvance qui semble dynamique même si elle est mal définie. Certains d’entre-eux redescendent sur terre, après un meeting par exemple. Ils s’aperçoivent qu’au fond il n’y a rien de solide, de concret, dans ce qu’on leur vend. Des mots clefs, un peu de lyrisme du pauvre et c’est à peu près tout. Mais tout le monde ne vas pas aux meetings de M. Macron.

Le dernier venu dans les mots clefs que Macron aura placés dans son discours de campagne est “Frexit“. Bien sûr, s’il y a quelque chose de bien arrêté dans sa rhétorique, c’est l’importance qu’il accorde à l’Union Européenne. Ainsi, peu croirons qu’il enclenchera vraiment une sortie de l’UE, quelle que soit la situation. Il est d’ailleurs amusant de constater l’absence de réaction des barons et pontifes de l’UE. Mais comme les thématiques souverainistes et anti-européennes pointent le plus en plus le bout de leur nez dans le débat politique en France, Macron pense sans doute qu’il ne fait pas mal à aller essayer de grappiller quelques voix du côté des euro-sceptiques méfiants à l’égard de Marine Le Pen.

Emmanuel Macron sera sans doute élu ce dimanche. Se pose maintenant la question de savoir si, comme tous les produits achetés sur un coup de tête, Macron ne va pas très vite décevoir et se retrouver dans le placard des espérances déçues de l’électorat Français.